La Météo a Bon Dos

avril 19, 2020

A chaque occasion de cyclone ou autres temps adverses, la météo est sous les feux des projecteurs. Avec raison. Car elle est l’autorité responsable pour l’analyse des données météorologiques et les prévisions du temps incluant les phénomènes susceptibles de donner lieu à des conséquences dramatiques. Que les prévisions soient à point ou à coté, elles sont sujette à des critiques, à tort ou à raison. Et c’est ainsi à travers le monde.

Avec l’avènement de la technologie informatique et l’internet on tombe dans un océan d’informations, les unes plus percutantes que les autres. Si auparavant on devait attendre les bulletins pour être au courant de l’évolution de la situation, de nos jours tout est à la portée de nos doigts. Du coup tout le monde est devenu prévisionniste. C’est bon de pouvoir apprécier la situation selon son analyse à soi. Mais de là à prétendre être mieux versé que celui qui est « on the hot seat », il y a de quoi se poser des questions. Tout le monde est expert, sauf les experts, n’est-ce pas ?

L’émission de l’avertissement de classe 3 ce matin à une heure où tout le monde était déjà sur la route du travail, certains déjà au bureau, est venu semer la panique et la confusion dans le public. Pourquoi ne pas avoir émis cet avertissement plutôt afin de ne pas bousculer une journée qui s’annonçait déjà rude avec Calvinia dans les parages. Le spécialiste scientifique qu’est le directeur de la météo doit avoir ses raisons, pas nécessairement compréhensibles à monsieur tout le monde. Certainement il doit des explications. A-t-il raté le coche ? Ou a-t-il subit une influence quelconque ?

Mais la pomme de la discorde a aussi une autre configuration. Il y a de plus en plus une perception d’influence ministérielle sur l’émission ou pas d’avertissement au moment opportun. On n’est pas sans savoir que la météo est régit depuis le 18 novembre par « THE MAURITIUS METEOROLOGICAL SERVICES ACT 2019 ». C’est une loi qui a pour objectif « to provide a regulatory framework for the establishment and operation of the Mauritius Meteorological Services ». Elle définit clairement les objectifs, les fonctions et les responsabilités de la météo et de son directeur. Mais elle crée aussi une ambiguïté avec l’inclusion d’une clause énonçant le pouvoir du ministre de tutelle.

Les sections 4 (c), 5 (b) et (c) et 6 (b) de la loi en question sont claires en ce qu’il s’agit de la part de la météo. Mais la section 10 (1) est sujette à interprétation. Il importe de savoir “to what extent” le ministre “may give such directions of a general character to the Director“. Et quelles sont ces « directions » ? Est-ce que cela voudrait insinuer qu’il pourra influencer le timing d’un avertissement ? A surfer sur les réseaux sociaux, on se rend compte que si beaucoup de gens ont une opinion négative en ce qui concerne la compétence de nos météorologues, il n’est pas moins vrai qu’ils ont aussi la perception que les météorologues agissent sous l’influence politique, du ministre plus précisément (celui qui a la responsabilité du dossier météo) et par ricochet le pouvoir politique en place.

Loin de me substituer au légiste chevronné, n’ayant pas de connaissance appropriée en matière d’interprétation légale, il semblerait que les “directions of general character” (qui reste à être défini dans le contexte de cette loi et qui semble avoir une signification très ouverte) ne pourraient signifier “directions of technical, scientific and professional nature” qui est du seul ressort du directeur de la météo. Donc, toute perception d’influence ministérielle dans l’émission des alertes ne serait que fortuite, strictement dans le cadre de cette interprétation qui en est une d’un profane. Les hommes de loi et les juges sont mieux placés pour donner une interprétation juste et appropriée.

Autrement toutes les spéculations sont permises. Par exemple, certains croient que cette loi aurait été subtilement rédigée pour « empower » le ministre à avoir la main haute sur le département, pour ainsi marquer des points au niveau politique si tout va bien, tout en voulant le “discharge” de toute influence perceptible, mais en même temps rejeter la faute sur le directeur quand les choses se corsent. Ne serait-il pas une politique de « Pile je gagne, face tu perds » ? Encore faut-il, en cas de doute sur une interprétation, se référer à l’Interpretation and General Clauses Act 1974. La section 5 (8) par exemple stipule que “Effect shall be given to each enactment according to its true intent, meaning and spirit“. Allez comprendre. La météo a bon dos.

Alfa King

Note: Article de l’auteur paru dans This Week News Mauritius le 30 décembre 2019.


Cyclone Gelena – Alerte aux Alertes

février 16, 2019

Beaucoup de gens s’intrigue devant le beau temps relatif qui prévaut malgré une alerte 2 dans certaines régions à Maurice et une alerte 3 à Rodrigues. Si certains pensent que c’est anormal, d’autres, par contre, croient que ce sont de fausses alertes et tentent de se tourner vers des pseudo-météorologues pour en savoir plus. Comme c’est le cas de consulter des charlatans quand on n’arrive pas à comprendre quelque chose qui nous frappe ou à trouver une solution rapide à certains problèmes.

L’être humain est toujours impatient. Et pourtant la solution est entre ses mains. Il suffit de se mettre à jour avec les informations disponibles à travers des resources professionnelles.

Si le temps n’a pas détérioré c’est que les bandes actives des nuages dans le cyclone ne nous ont pas encore touché. Il faut comprendre qu’une alerte (quelque soit son niveau) ne veut pas forcément dire que le temps doit être mauvais ni que le mauvais temps va prévaloir aussitot l’alerte émise. Une alerte indique tout simplement, mais sérieusement, la probabilité ou l’imminence de l’effet d’un phénomène météorologique quelconque et le danger qu’il représente, dans le cas en question, un cyclone.

L’alerte, selon le système établi par la météo nationale, évoque surtout la probabilité des risques exprimée en termes d’heures avant l’avènement des rafales de l’ordre de 120 kmh. Le système d’alerte parle essentiellement de l’élément vent. D’autres détails concernant l’état, l’amélioration ou la détérioration du temps sont énoncés dans des bulletins de l’alerte.

Ainsi l’alerte 1 est émise 36 à 48 heures avant que les rafales atteignant 120 kmh n’ait la possibilité de nous affecter. C’est pour avertir la population et leur donner suffisamment de temps pour qu’elle commence à prendre des précautions, en terme de réparation si nécessaire, ravitaillement et autres, sécuriser les biens.

L’alerte 2 est émise autant que possible 12 heures de lumière du jour avant l’avènement de ces rafales pour permettre la consolidation des précautions prises.

L’alerte 3, quant à elle, est émise autant que possible 6 heures de lumière du jour avant. Elle annonce que l’affaire est très sérieuse et il faut compléter les précautions et se mettre à l’abri.

En ce qui concerne l’alerte 4, l’on peut dire que ce n’est pas tellement une alerte en soi. Car elle nous informe avec certitude que des rafales de l’ordre de 120 kmh ont été enregistrées à plusieurs endroits et vont persister durant le passage du cyclone. On doit rester à l’abri et ne sortir en aucun cas.

Il faut se méfier du passage de l’oeil du cyclone. Ceci est marqué par une accalmie temporaire faisant croire que le cyclone a déjà passé. Les vents violents venant du sens opposé de celui qui a prévalu avant vont s’abbattre juste après.

L’alerte est levée quand la météo ne prévoit aucun risque de rafales pouvant dépasser les 120 kmh.

Il faut aussi savoir que des bulletins de cyclone sont émis à interval de six heures durant l’alerte 1 et l’alerte 2, et toutes les trois heures en alerte 3. Et pendant l’alerte 4 des communiqués sont émis suivant l’évolution du cyclone.

Beaucoup de gens ignore les alertes et tente de braver les intempéries. C’est à leur propre risque et péril. Les conducteurs de véhicules doivent savoir, qu’à moins d’un contrat au préalable dans certains cas, l’assurance ne couvre pas des dommages causés par l’utilisation des véhicules pendant l’alerte 3 et et l’alerte 4. C’est pourquoi la météo va souvent annoncer l’imminence de l’alerte 3 environ deux heures avant son émission pour permettre aux gens de rentrer chez eux.

Pour de plus amples renseignements à consulter la météo ou son site web (http://metservice.intnet.mu)

 

Alfa King

Note: Article de l’auteur paru dans This Week News Mauritius le 9 février2019.


%d blogueurs aiment cette page :